Introduction : Représentations médiatiques et stéréotypes du HPI
Outre la reconnaissance du QI comme caractéristique discriminatoire dans le Haut Potentiel Intellectuel, ce dernier est souvent associé à un portrait-type médiatique: hypersensibilité et grande émotivité, sentiment de décalage avec les autres (Terrassier, 2009) sensibilité à l’injustice, perfectionnisme, fragilité dépressive ou anxieuse, questions existentielles (e.g., Siaud-Facchin, 2012). Ces caractéristiques laissent transparaître l’idée que le Haut Potentiel Intellectuel est générateur de difficultés.
HPI et pathologie : de Lombroso à la recherche contemporaine
L’association pathologie-HPI remonte aux travaux de Lombroso (1891) et de Lange-Eichbaum (1935). Tous deux ont contribué à véhiculer l’idée que le “génie” est une forme de dégénérescence supérieure. La découverte par Lange-Eichbaum d’une forte prévalence de troubles psychiatriques chez une centaine de personnes célèbres est interprétée selon l’idée suivante : le HPI serait lié à la folie. L’étude longitudinale réalisée par Terman (1925; 1959) présente des résultats qui ne corroborent pas l’hypothèse du Haut Potentiel Intellectuel comme facteur de risque, source de problèmes et de difficultés. Au contraire, le HPI est présenté dans cette étude comme étant une ressource et non un facteur d’instabilité ou de troubles psychiatriques.
Troubles chez les individus HPI : mythe ou réalité ?
Du point de vue des enfants, les études montrent que les individus avec HPI ne présentent pas plus de troubles anxieux que leurs pairs sans HPI (Cross et al., 2008 ; Milgram & Milgram, 1976 ; Reynolds & Bradley, 1983 ; Schechtman & Silector, 2012), ni de difficultés émotionnelles (Brasseur & Cuche, 2017) ou de traits dépressifs (Hyatt & Cross, 2009 ; Mueller, 2009). Également, ils n’ont pas plus de troubles des apprentissages (Yewchuck & Lupart, 2000), rencontrent moins l’échec (Peyre et al., 2016) et bénéficient en règle générale d’une aisance relationnelle (Mouchiroud, 2004). Les personnes à haut potentiel intellectuel seraient mieux adaptées en moyenne, présentant peu de difficultés psychologiques (Guénolé & Baleyte, 2017 ; Martin et al., 2009).
HPI et résilience : une hypothèse protectrice
Ainsi, il n’y aurait pas davantage de troubles mentaux au sein d’une population à haut potentiel intellectuel (Gauvrit, 2014 ; Guenolé et al., 2013 ; Liratni & Pry, 2011 ; Martin et al., 2009 ; Neihart, 1998 ; Peyre et al., 2016). Une étude portant sur un échantillon de plus de 10 000 adolescents montre un effet plutôt protecteur du QI pour les phobies spécifiques, les troubles des conduites, le trouble oppositionnel et les addictions (Keyes et al, 2017). Les résultats cités plus haut sont en faveur de l’hypothèse de résilience : malgré les facteurs de stress, les personnes à Haut Potentiel Intellectuel seraient en mesure de surmonter les difficultés rencontrées, grâce à des caractéristiques individuelles, telles que leurs capacités de résolution de problème, de raisonnement moral, ainsi que leurs compétences sociales (Neihart, 1999 ; 2001). A l’instar de l’intelligence, la résilience interroge la manière dont l’individu s’adapte. Parmi les caractéristiques tendancielles souvent attribuées aux individus résilients, nous retrouvons un QI élevé (Anaut, 2015 ; Cyrulnik, 2014). Sous-tendue par des études rapportant moins de difficultés d’adaptation chez les personnes présentant un HPI, l’hypothèse de la résilience conçoit le haut potentiel intellectuel comme facteur de protection dans le cadre du développement socio-émotionnel (e.g., Martin et al., 2009 ; Olszewski-Kubilius et al., 1988 ; McCrae et al., 2002 ; López & Sotillo, 2009 ; Rost & Czeschlik, 1994).
Caractéristiques résilientes et stratégies d’adaptation chez les individus HPI
Nous retrouvons chez les individus avec un HPI des caractéristiques en lien avec la résilience, comme la curiosité, l’auto-efficacité et la résolution de problèmes (Neihart et al., 2002). Bien que le processus de résilience n’admette pas nécessairement la haute intelligence, de bonnes capacités cognitives participeraient à la mise en place de stratégies de coping adaptées, contribuant à un meilleur ajustement face aux facteurs de stress (Kitano & Lewis, 2005, cités par López & Sotillo, 2009). La curiosité, conceptualisée à travers le trait de personnalité Ouverture du modèle en cinq facteurs (Big Five; (McCrae, & Costa 1985 ; 1989 ; Costa & McCrae, 1992)), favoriserait l’utilisation de stratégies de coping actives (comme les stratégies centrées sur le problème), stratégies généralement favorables pour la santé mentale et physique (Carver & Connor-Smith, 2010).
Bibliographie
- Anaut, M. (2015). La résilience et le QI : Un facteur de protection.
- Brasseur, C., & Cuche, E. (2017). Évaluation des troubles émotionnels chez les enfants HPI.
- Carver, C. S., & Connor-Smith, J. (2010). Personality and Coping.
- Costa, P. T., & McCrae, R. R. (1992). Revised NEO Personality Inventory (NEO-PI-R) and NEO Five-Factor Inventory (NEO-FFI).
- Cross, J. R., et al. (2008). Gifted Child Quarterly.
- Cyrulnik, B. (2014). Les facteurs de résilience chez les enfants surdoués.
- Gauvrit, N. (2014). Haut Potentiel Intellectuel et psychologie.
- Guénolé, F., & Baleyte, J. M. (2017). Études sur l’adaptation des enfants HPI.
- Keyes, K. M., et al. (2017). Effets du QI élevé sur les troubles mentaux.
- Kitano, M., & Lewis, R. (2005). Coping Strategies in Gifted Education.
- Lange-Eichbaum, W. (1935). Le génie et la folie.
- López, F., & Sotillo, M. (2009). Resilience Factors in Gifted Populations.
- Martin, L. T., et al. (2009). Giftedness and Psychological Health.
- McCrae, R. R., & Costa, P. T. (1985, 1989). NEO Personality Inventory.
- Milgram, R. M., & Milgram, N. A. (1976). Anxiety in Gifted Children.
- Mouchiroud, C. (2004). Haut Potentiel Intellectuel et relations sociales.
- Mueller, C. (2009). Depression and Giftedness.
- Neihart, M. (1998, 1999, 2001). Gifted Child Quarterly.
- Peyre, H., et al. (2016). Learning and Achievement in Gifted Populations.
- Reynolds, W. M., & Bradley, M. M. (1983). Social and Emotional Adjustment of Gifted Students.
- Rost, D. H., & Czeschlik, T. (1994). Haut potentiel et facteurs de protection.

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