Introduction au Haut Potentiel Intellectuel (HPI)

Cet article fait suite à celui sur l’histoire de la mesure de l’intelligence.

La façon dont les théoriciens conceptualisent l’intelligence et les aptitudes intellectuelles supérieures a un impact sur la manière d’aborder une efficience intellectuelle située au-dessus de la norme statistique, et sur sa mesure (Sternberg, 1985). Aujourd’hui, les modèles théoriques associés au Haut Potentiel Intellectuel sont multiples, car sous-tendus par des théories de l’intelligence abondantes et ramifiées, et présentent par conséquent, des disparités théoriquement significatives (Dai, 2009 ; Gauvrit 2014). Néanmoins, ces modèles ont tous en commun de considérer l’intelligence comme un élément fondamental du HPI, et partagent tous l’idée suivante: “une personne à haut potentiel est quelqu’un qui pourrait accomplir des réalisations exceptionnelles, dans le domaine intellectuel essentiellement” (Clobert & Gauvrit, 2021). Ainsi, le haut potentiel intellectuel pourrait désigner la présence de capacités cognitives globales clairement supérieures à la moyenne de la population, et si les conditions sont favorables, ces capacités pourraient s’exprimer à travers des performances élevées et / ou des réalisations éminentes (Dai, 2010 ; Gauvrit, 2014).

Critères et méthodes de mesure du HPI

Selon la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé l’utilisation du qualificatif de HPI est déterminée par l’obtention d’un score de QI relatif, supérieur ou égal à 130 (Tordjman et al., 2018). Le choix du QI est présenté comme étant fondé sur une observation, tandis que le repère de 130 est choisi de manière arbitraire, sans base observationnelle ou théorique et sans justification biologique ou cérébrale (Labouret, 2021). Le choix du repère est justifié par la nécessité de sélectionner des groupes de personnes dans le cadre de la recherche, de catégoriser en espérant discriminer des résultats statistiquement significatifs entre deux groupes. Les qualités psychométriques de ces échelles contribuent donc à fournir une mesure se voulant représentative de l’intelligence générale (Caroff et al., 2006), ou du moins, de ce que l’on pense mesurer. Cependant, ces tests d’aptitudes cognitives mesurent les performances à un instant donné, et ne rendent pas compte de caractéristiques particulières telles que les processus de socialisation, , les opportunités d’apprentissage, le niveau d’éveil, etc. C’est pourquoi une définition du haut potentiel intellectuel s’appuyant uniquement sur la mesure du QI peut s’avérer réductrice.

Évolution des modèles théoriques du HPI

Face aux limites de cette conception du HPI, les modèles contemporains du Haut Potentiel Intellectuel ont tenté d’introduire de nouvelles approches développementales et contextuelles, en essayant de prendre en considération d’autres critères que le QI. Ces modèles sont répartis en quatre types de théories, désignées sous le terme de “vagues”, et témoignent de l’évolution des différentes perspectives sur le haut potentiel intellectuel (Sternberg & Kaufman, 2018). La première vague est composée de modèles globaux unidimensionnels, qui se distinguent par une vision essentialiste et globale du HPI. Le Haut Potentiel Intellectuel est envisagé ici comme une caractéristique fixe, attachée à la personne, distinguant cette dernière du reste de la population. Pour autant, aucun fondement scientifique ne soutient cette vision catégorielle du Haut Potentiel Intellectuel. Il n’y aurait pas de saut qualitatif permettant de discriminer deux catégories distinctes d’individus: à mesure que l’intelligence augmenterait, on observerait “une progression continue des mesures cérébrales et comportementales” (Labouret, 2021). Ainsi, les performances cognitives évolueraient sur un continuum, et seraient sensibles à l’éducation reçue, aux maladies et aux accidents etc. (Ritchie & Tucker-Drob, 2018) malgré un degré de stabilité élevée au cours de la vie (Deary, 2014). L’intérêt porté au développement des compétences et aux mécanismes sous-jacents permet de prendre en compte la diversité des profils, tout en intégrant une vision un peu plus complexe que celle proposée par les modèles globaux unidimensionnels. Chaque théorie a contribué à enrichir les connaissances portant sur le HPI.

Modèles locaux spécifiques et contribution à la diversité des profils HPI

Les modèles locaux spécifiques (le modèle CHC; (Carroll, 1993) ; les intelligences multiples; (Gardner, 1983) ; le Modèle Synthétique du Haut Potentiel Intellectuel; (Cuche, 2014)) de la deuxième vague ont permis d’admettre l’existence de hauts potentiels intellectuels locaux, aussi appelés zone de haute potentialité (Brasseur & Cuche, 2017).

Vers une approche systémique et développementale du HPI

Les modèles systémiques de la troisième vague (le modèle des trois anneaux; (Renzulli, 2002) ; le modèle WICS; (Sternberg, 2005)) mettent en avant le fait qu’il existerait plusieurs types de Haut Potentiel, issus d’une “combinaison de dispositions qui interagissent en système” (Gauvrit, 2014). Les modèles développementaux (le Modèle Différenciateur de la Douance et du Talent; (Gagné, 2019) ; le modèle psychosocial; (Tannenbaum, 1986), quant à eux, proposent de concevoir le HPI comme étant la résultante du développement de l’individu dans un contexte favorable à l’adoption de codes socialement valorisés. Comme nous l’avons vu au cours de cette partie, il existe une multitude de conceptualisations du HPI, issues de définitions de l’intelligence variées.

Bibliographie

  • Brasseur, C., & Cuche, E. (2017). La zone de haute potentialité : étude et implications.
  • Carroll, J. B. (1993). Human Cognitive Abilities: A Survey of Factor-Analytic Studies.
  • Clobert, M., & Gauvrit, N. (2021). Haut Potentiel Intellectuel et accomplissements exceptionnels.
  • Cuche, E. (2014). Modèle Synthétique du Haut Potentiel Intellectuel.
  • Dai, D. Y. (2009). Intelligence and Creativity in Education: A Philosophical Approach.
  • Dai, D. Y. (2010). Les capacités cognitives et le potentiel intellectuel.
  • Deary, I. J. (2014). The Stability of Cognitive Abilities Across the Lifespan.
  • Gagné, F. (2019). Modèle Différenciateur de la Douance et du Talent.
  • Gardner, H. (1983). Frames of Mind: The Theory of Multiple Intelligences.
  • Gardner, H. (1999). Intelligences Multiples : théorie et applications.
  • Gauvrit, N. (2014). Psychométrie et Haut Potentiel Intellectuel : Approches et Réflexions.
  • Labouret, G. (2021). Critiques des mesures de QI et HPI.
  • Renzulli, J. S. (2002). The Three-Ring Conception of Giftedness: A Developmental Perspective.
  • Ritchie, S. J., & Tucker-Drob, E. M. (2018). Intelligence et facteurs d’évolution cérébrale.
  • Sternberg, R. J. (1985). Beyond IQ: A Triarchic Theory of Human Intelligence.
  • Sternberg, R. J., & Kaufman, J. C. (2018). The Four Waves of Research on Giftedness and Talent.
  • Tannenbaum, A. J. (1986). A psychosocial model of giftedness and talent development.

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